Le bail que vous venez de signer contient une ligne lue trop vite : « animaux interdits ». Votre chat, lui, arrive avec les cartons. Trois ans plus tard, l’état des lieux de sortie relève un parquet rayé et des rideaux en lambeaux, et vous comptez sur votre assurance habitation. Entre ces deux moments, trois règles se superposent : le droit du bail, qui protège la présence de l’animal, votre responsabilité de locataire, qui vous fait payer ce qu’il abîme, et votre contrat d’assurance, qui ne traite pas le propriétaire comme une victime ordinaire. Ce guide tranche chacun de ces points, jusqu’à l’arrêt rendu par la Cour de cassation le 18 juin 2026 à propos d’un chat et de rideaux.
Mis à jour le 29 septembre 2026
La clause « animaux interdits » est réputée non écrite
Le texte de référence est l’article 10 de la loi n° 70-598 du 9 juillet 1970, dans sa version en vigueur depuis le 24 mars 2012 : est réputée non écrite toute stipulation tendant à interdire la détention d’un animal dans un local d’habitation, dès lors qu’il s’agit d’un animal familier. Gardez sous la main l’article 10 de la loi du 9 juillet 1970 publié sur Légifrance si votre bailleur conteste.
« Réputée non écrite » signifie que la clause est considérée comme absente du contrat. Vous n’avez pas à la faire annuler par un juge, et le bailleur ne peut pas l’invoquer pour vous reprocher la présence de votre animal ni pour demander la résiliation du bail sur ce seul fondement. La règle vaut en location vide comme en meublé, dès lors que le logement est loué pour y habiter.
Les deux cas où l’interdiction reste valable
Le même article prévoit deux exceptions. La première concerne les contrats de location saisonnière de meublés de tourisme : pour une location de vacances, le propriétaire reste libre de refuser les animaux. La seconde vise les chiens de la première catégorie, dits chiens d’attaque, mentionnés à l’article L. 211-12 du Code rural et de la pêche maritime : une clause qui les interdit est expressément licite.
Une tolérance sous condition : ni dégât, ni trouble
La loi de 1970 ne donne pas un blanc-seing : la détention est « subordonnée au fait que ledit animal ne cause aucun dégât à l’immeuble ni aucun trouble de jouissance aux occupants de celui-ci ». Cette condition rejoint l’article 7 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, dans sa version en vigueur depuis le 15 juin 2025, qui vous impose d’user paisiblement des locaux et de répondre des dégradations survenues pendant le bail. L’article 1729 du Code civil permet en outre au bailleur de faire résilier le bail, suivant les circonstances, si le preneur n’use pas de la chose louée raisonnablement. Un animal qui détériore le logement ou empêche l’immeuble de dormir peut donc, à terme, mettre le bail lui-même en jeu.
Le bailleur peut-il écarter votre dossier à cause de l’animal ?
La protection de 1970 porte sur les clauses du bail, pas sur le choix du locataire. Service-public.fr rappelle que le propriétaire peut choisir parmi plusieurs candidats sur des critères objectifs, et la liste des critères de discrimination interdits, de l’origine à l’état de santé, ne mentionne pas la détention d’un animal. Un bailleur réticent peut donc préférer un autre dossier ; une fois le bail signé, hors les deux exceptions, il ne peut plus vous opposer d’interdiction.
Votre budget reste protégé sur un point : le dépôt de garantie est plafonné à un mois de loyer hors charges pour un logement vide et à deux mois pour un meublé, animal ou pas. Aucun « supplément chien » ne peut s’y ajouter.

Chats, chiens, NAC, chiens catégorisés : quels animaux sont concernés ?
La loi parle d’« animal familier » sans en dresser la liste ; chiens et chats y entrent sans discussion. Pour les NAC, que service-public.fr définit comme les espèces autres que les chiens et les chats détenues pour l’agrément, une autre réglementation se superpose : selon l’espèce, la détention est libre, soumise à déclaration auprès du préfet ou à autorisation avec certificat de capacité, que vous soyez locataire ou propriétaire.
Pour les chiens de 1re et de 2e catégorie, le détenteur doit obtenir un permis de détention délivré par le maire et souscrire une assurance de responsabilité civile, obligatoire pour les deux catégories ; son absence est punie d’une amende pouvant aller jusqu’à 450 €. Les chiens de 1re catégorie ne peuvent pas stationner dans les parties communes des immeubles collectifs, ceux de 2e catégorie doivent y être tenus en laisse et muselés. Conséquence pour un locataire : un chien de 2e catégorie, par exemple un rottweiler avec pedigree, ne peut pas être interdit par le bail, alors qu’un chien de 1re catégorie peut l’être.
Copropriété et voisinage : ce qui s’ajoute au bail
En copropriété, vous devez aussi respecter le règlement, qui encadre l’usage des parties communes. Le bruit est un autre terrain classique : service-public.fr cite expressément les cris et aboiements d’un animal parmi les bruits de comportement, appréciés selon leur intensité, leur durée ou leur répétition et le contexte local, de jour comme de nuit. Un chien qui aboie des heures pendant votre absence peut valoir une amende forfaitaire de 68 €, portée à 180 € au-delà de 45 jours, l’amende maximale étant de 450 €. La démarche attendue est graduée, du courrier amiable au conciliateur de justice, étape obligatoire avant le juge. Surtout, un trouble persistant est précisément ce que la loi de 1970 exclut de la tolérance accordée à l’animal.
Ce que vous devez au bailleur quand l’animal abîme le logement
Face au propriétaire, votre responsabilité passe par le bail. L’article 7 c) de la loi de 1989 vous oblige à répondre des dégradations et pertes survenues pendant le contrat dans les locaux dont vous avez la jouissance exclusive, et l’article 1732 du Code civil dit la même chose : le locataire en répond, à moins de prouver qu’elles ont eu lieu sans sa faute. Pour vous dégager, il faut démontrer une force majeure, une faute du bailleur ou le fait d’un tiers que vous n’avez pas introduit, comme un cambrioleur. Votre chien ou votre chat n’entre dans aucune de ces cases. La fiche de service-public.fr sur la responsabilité des dégradations dans un logement loué détaille ce partage entre locataire et propriétaire.
Usure normale ou dégradation : où passe la frontière
La vétusté, c’est-à-dire l’usure due au temps et à un usage normal, reste à la charge du propriétaire : l’article 1755 du Code civil exclut des réparations locatives celles occasionnées par vétusté ou force majeure. Une peinture passée ne peut pas vous être facturée ; des griffures profondes sur une porte, un papier peint arraché, une moquette souillée ou un parquet creusé par un chien qui gratte relèvent, eux, de la dégradation.
Le bail peut prévoir une grille de vétusté, encadrée par le décret n° 2016-382 du 30 mars 2016, qui fixe pour chaque matériau une durée de vie théorique et un coefficient de réduction annuel. Si une moquette déjà ancienne est abîmée par votre chat, la grille réduit ce que le bailleur peut vous réclamer en fonction de l’âge du revêtement. Le même raisonnement se retrouve dans la façon dont les assureurs appliquent la vétusté lors d’une indemnisation.
L’état des lieux d’entrée, votre meilleure pièce justificative
Toute retenue repose sur la comparaison entre l’état des lieux d’entrée et celui de sortie. Soyez précis sur les sols, les bas de portes, les plinthes, les papiers peints et, en meublé, sur les tissus. Le document peut être illustré d’images : photographiez les rayures et taches existantes avant l’arrivée de l’animal.
Vous disposez ensuite de dix jours calendaires pour demander à le compléter, et du premier mois de la période de chauffe pour les éléments de chauffage. Sans état des lieux, l’article 1731 du Code civil vous présume avoir reçu le logement en bon état de réparations locatives, sauf preuve contraire : chaque défaut constaté à la sortie pourra alors vous être imputé.
Dépôt de garantie : ce qui peut être retenu, et dans quels délais
Le bailleur peut retenir les sommes correspondant aux réparations locatives non faites et aux dégradations qui vous sont imputables, jamais la vétusté. Chaque retenue doit être justifiée, par exemple par des devis ou des factures : un forfait « dégâts du chien » n’en est pas une. Selon l’article 22 de la loi de 1989, le dépôt est restitué dans un délai maximal d’un mois après la remise des clés si l’état des lieux de sortie est conforme à celui d’entrée, de deux mois sinon ; tout retard majore le solde de 10 % du loyer mensuel hors charges par mois commencé. Le détail figure dans la fiche de service-public.fr sur le dépôt de garantie dans un bail d’habitation. Si les dégâts dépassent le dépôt, le bailleur peut vous réclamer le complément.
Si une retenue vous paraît abusive, demandez par courrier recommandé le détail et les justificatifs. En cas de désaccord, la commission départementale de conciliation, gratuite et paritaire, peut être saisie des litiges de dépôt de garantie, tout comme le conciliateur de justice. Sous 5 000 €, une tentative de résolution amiable est obligatoire avant de saisir le juge des contentieux de la protection, et vous disposez de trois ans pour agir.

Votre assurance habitation : trois garanties, trois logiques
La première est la garantie des risques locatifs, seule obligatoire : l’article 7 g) de la loi de 1989 vous impose de vous assurer contre les risques dont vous répondez comme locataire et d’en justifier à la remise des clés. Elle couvre les dommages causés au logement par un incendie, une explosion ou un dégât des eaux. Un chat qui renverse une bougie et provoque un début d’incendie relève de cette garantie ; un chien qui ronge un chambranle, non. Ce minimum légal est détaillé dans notre guide sur ce que l’assurance habitation du locataire doit obligatoirement couvrir.
La deuxième est la responsabilité civile vie privée, habituellement intégrée aux multirisques habitation. Elle indemnise les tiers pour les dommages causés par vous, vos proches, vos animaux et les objets dont vous avez la garde.
La troisième regroupe les garanties de dommages aux biens : votre mobilier et parfois des options plus larges, de type tous risques ou dommages accidentels, dont le périmètre varie d’un contrat à l’autre. C’est surtout de ce côté qu’une prise en charge des dégâts de l’animal dans le logement peut se trouver, si le texte le prévoit clairement. Pour situer ces briques, voyez notre guide complet de l’assurance habitation ; si votre contrat ne propose rien d’adapté, vous pouvez en changer dans les conditions rappelées dans notre mode d’emploi de la résiliation à tout moment.
RC vie privée et dégâts dans le logement : ce qu’a jugé la Cour de cassation le 18 juin 2026
Le locataire d’un appartement meublé avait vu son chat dégrader les rideaux. Il avait demandé 850 € à son assureur habitation pour leur réfection ; l’assureur avait refusé, le tribunal judiciaire de Bordeaux l’avait débouté le 25 novembre 2024, et la deuxième chambre civile de la Cour de cassation a rejeté son pourvoi le 18 juin 2026 (pourvoi n° 25-10.900).
Le contrat couvrait bien la responsabilité civile vie privée, y compris pour les préjudices causés aux tiers par les animaux de l’assuré, mais il excluait les dommages engageant sa responsabilité contractuelle. Or le locataire, propriétaire du chat, répond de ce dommage au titre de l’exécution du bail : la garantie ne jouait donc pas.
Deux nuances comptent. L’arrêt a été rendu en formation restreinte, sans publication au Bulletin : il valide une clause d’exclusion précise, et la réponse dépend donc de la rédaction de votre contrat. Surtout, l’assuré reprochait au tribunal de ne pas avoir examiné sa garantie « tous risques immobiliers et mobiliers », également souscrite ; la Cour a répondu que cette recherche ne lui avait pas été demandée. Lorsque vous déclarez un sinistre de ce type, invoquez d’emblée toutes les garanties de votre contrat, pas seulement la responsabilité civile.
Quand l’animal blesse un voisin ou abîme ses biens, l’assurance joue
Hors du logement loué, la logique s’inverse. L’article 1243 du Code civil rend le propriétaire d’un animal responsable du dommage causé par l’animal, qu’il ait été sous sa garde, égaré ou échappé. Votre chien renverse un cycliste, votre chat brise un vase chez le voisin, votre chien mord un livreur dans l’escalier : ce sont des tiers, et leur indemnisation relève de la garantie décrite par service-public.fr dans sa fiche sur la responsabilité civile de l’assurance habitation. Si votre animal est confié à un proche pendant vos absences, la question de la garde devient déterminante ; elle est développée, avec le cas de l’animal échappé et les rares causes d’exonération, dans ce dossier sur la prise en charge des dégâts causés par un animal.
En cas de morsure, vous devez déclarer les faits à la mairie de votre commune et présenter le chien trois fois au même vétérinaire, dans les 24 heures, au plus tard sept jours après, puis le quinzième jour, avec une évaluation comportementale. Ces frais sont à votre charge ; manquer les visites expose à une amende de 135 €.
Exclusions et déclaration : ce qu’il faut vérifier avant un sinistre
Selon service-public.fr, la responsabilité civile vie privée ne couvre pas les dommages que vous vous causez à vous-même ou à vos proches, les dommages intentionnels, ceux subis par vos propres biens, ni les activités professionnelles. Elle exclut aussi le dommage causé par un chien pouvant être considéré comme dangereux : pour un chien de 1re ou de 2e catégorie, l’assurance obligatoire prévue par l’article L. 211-14 du Code rural doit être vérifiée à part, attestation à l’appui.
Côté déclaration, l’article L. 113-2 du Code des assurances vous oblige à répondre exactement aux questions posées à la souscription, puis à signaler dans les quinze jours les circonstances nouvelles qui aggravent le risque et rendent vos réponses inexactes. Si le questionnaire initial vous interrogeait sur la présence d’animaux, une adoption ultérieure doit donc être signalée.
La santé de l’animal, grande absente de l’assurance habitation
L’assurance habitation s’intéresse aux dommages que votre animal cause, pas à ceux qu’il subit. Si votre chat chute d’un balcon ou si votre chien se blesse en arrachant une baguette de porte, les frais vétérinaires ne relèvent ni des risques locatifs ni de la responsabilité civile, et hors chiens catégorisés aucune assurance n’est obligatoire pour un animal de compagnie. La couverture de sa santé passe par un contrat distinct, avec ses formules, plafonds et délais de carence : pour la comprendre avant de vous engager, vous pouvez consulter ce site spécialisé dans l’assurance des chiens, des chats et des NAC, qui décrypte garanties et remboursements vétérinaires, et en particulier son guide complet de l’assurance santé pour chien et chat.
Location meublée : le mobilier du bailleur change l’équation
En meublé, les meubles, rideaux, literie et tissus appartiennent au propriétaire et sont décrits dans l’inventaire établi à l’entrée. L’arrêt de juin 2026 portait justement sur des rideaux de meublé. Le dépôt pouvant y atteindre deux mois de loyer hors charges, lisez l’inventaire avec la même attention que l’état des lieux et photographiez les tissus.
Préparer la sortie des lieux avec un animal
Les dernières semaines du bail sont le moment de traiter les réparations locatives, de toute façon à votre charge. La liste indicative du décret n° 87-712 du 26 août 1987 cite par exemple les petits raccords de peinture et de papier peint, le rebouchage des trous, le remplacement de quelques lames de parquet ou les raccords de moquette. Les faire vous-même vous évite de les retrouver chiffrées sur un devis du bailleur.
Inspectez les bas de portes, angles de murs et rebords de fenêtres, puis comparez avec l’état des lieux d’entrée et vos photos. À défaut d’accord, un commissaire de justice peut établir l’état des lieux, ses frais étant partagés pour moitié.
Le bon réflexe, du bail à la restitution des clés
Votre droit de vivre avec un chien ou un chat en location est solide, mais les dégâts de l’animal dans le logement se règlent avec le bailleur, sans le relais de votre responsabilité civile, qui joue en revanche envers les voisins et les autres tiers. Trois gestes vous protègent : un état des lieux d’entrée photographié, une lecture attentive des options de votre contrat, une déclaration de sinistre qui invoque toutes les garanties souscrites.
Questions fréquentes
Mon propriétaire peut-il m’obliger à me séparer de mon chat ?
Non. Dans un logement loué pour y habiter, la clause qui interdit un animal familier est réputée non écrite (article 10 de la loi du 9 juillet 1970), sauf en meublé de tourisme loué en saisonnier et pour les chiens de 1re catégorie. Si l’animal cause des dégâts ou des troubles aux occupants, le bailleur peut en revanche agir, jusqu’à demander au juge la résiliation du bail.
Le bailleur peut-il exiger un dépôt de garantie plus élevé parce que j’ai un chien ?
Non. Le dépôt de garantie est plafonné à un mois de loyer hors charges en location vide et à deux mois en meublé, animal ou pas. À la sortie, les retenues doivent être justifiées et ne peuvent pas porter sur la vétusté.
Mon assurance habitation paie-t-elle un parquet rayé par mon chien ?
En principe non. Des griffures ne relèvent pas des risques locatifs, limités à l’incendie, à l’explosion et au dégât des eaux, et la responsabilité civile vie privée ne joue pas quand le contrat exclut la responsabilité contractuelle envers le bailleur, solution validée par la Cour de cassation le 18 juin 2026. Seule une option tous risques ou dommages accidentels peut éventuellement intervenir, si son texte le prévoit.
Mon chien a mordu un voisin dans l’escalier : qui paie ?
Vous êtes responsable en tant que propriétaire de l’animal (article 1243 du Code civil), et c’est en principe votre responsabilité civile vie privée qui indemnise le voisin, sauf pour un chien catégorisé, qui relève de l’assurance spécifique obligatoire. Vous devez aussi déclarer la morsure en mairie et faire suivre le chien par un vétérinaire, à vos frais.
Puis-je louer un logement avec un chien de 2e catégorie ?
Oui, le bail ne peut pas l’interdire : seule l’interdiction des chiens de 1re catégorie est licite. Vous devez en revanche détenir le permis de détention, souscrire l’assurance de responsabilité civile obligatoire et tenir le chien en laisse et muselé dans les parties communes.



